La centrifugation sanguine en quatre minutes
La centrifugation du sang est l’une des opérations de paillasse les plus universelles. Elle conditionne la qualité de toute analyse aval, qu’il s’agisse d’un dosage enzymatique de routine, d’une analyse de coagulation ou de la préparation d’un concentré plaquettaire pour infiltration. Les paramètres dépendent du produit visé (sérum, plasma, PRP), du tube de prélèvement, et de la chaîne préanalytique du laboratoire.
Préparer le sérum
Le sérum est le surnageant obtenu après coagulation complète du sang. Il ne contient ni cellules, ni facteurs de coagulation consommés pendant la coagulation. Il est privilégié pour la majorité des analyses de chimie clinique (ionogramme, transaminases, créatinine, lipides, marqueurs tumoraux).
Protocole standardisé :
- Tube sec ou tube activateur de coagulation (silice, billes).
- Laisser coaguler à température ambiante au moins 30 minutes (15 minutes sur tube activé).
- Centrifuger à 1 500 g pendant 10 minutes, à 20 °C, sur rotor à godets.
- Prélever le sérum à la pipette à embout positif sans plonger jusqu’au caillot.
Les écarts les plus fréquents en routine concernent la durée de coagulation insuffisante, qui laisse remonter du fibrine.
Préparer le plasma
Le plasma est le surnageant obtenu sur tube anticoagulant. Il contient les facteurs de coagulation. Il est privilégié pour l’hématologie, les tests moléculaires sensibles, les analyses de coagulation et les analyses pharmacocinétiques.
Protocole standardisé :
- Tube EDTA pour l’hématologie et le moléculaire ; tube citrate pour la coagulation ; tube héparine pour la biochimie ; tube fluorure pour la glycémie.
- Mélanger doucement par retournement (5 à 10 retournements selon fabricant) immédiatement après prélèvement.
- Centrifuger à 2 000 g pendant 15 minutes, à 20 °C, sur rotor à godets.
- Prélever le plasma à la pipette à embout positif, en restant à 5 mm au-dessus de la couche cellulaire.
Pour les analyses sensibles (D-dimères, fibrinogène), une seconde centrifugation à 2 500 g pendant 5 minutes améliore la qualité du surnageant en éliminant les plaquettes résiduelles.
Préparer le PRP
Le PRP est un concentré plaquettaire autologue utilisé en orthopédie, médecine du sport et dermatologie. Sa préparation combine deux centrifugations différentielles. Voir notre article dédié au PRP en orthopédie pour les détails cliniques et les classifications DEPA.
Protocole synthétique :
- Tube ACD ou citrate (jamais EDTA, qui altère les plaquettes).
- Première centrifugation douce à 180-250 g pendant 10-15 minutes pour séparer les érythrocytes.
- Prélèvement de la couche supérieure (plasma + leucoplaquettes).
- Selon protocole : deuxième centrifugation à 1 500-3 000 g pendant 10 minutes pour culotter les plaquettes, puis remise en suspension.
La rigueur du geste de prélèvement compte autant que les paramètres de centrifugation.
Centrifuger pour analyses cellulaires (PBMC, plaquettes)
Pour la préparation de PBMC sur Ficoll-Paque, voir notre guide de protocole reproductible. Les paramètres clés : 400 g pendant 30 minutes à 20 °C sur rotor à godets oscillants, sans frein.
Pour la préparation de plaquettes lavées (cytométrie, agrégométrie) : trois centrifugations successives à 200 g, 100 g et 1 000 g, en milieu PBS modifié.
Tableau récapitulatif
| Produit | Tube | RCF (g) | Durée | Température | Rotor |
|---|---|---|---|---|---|
| Sérum | Sec ou activateur | 1 500 | 10 min | 20 °C | Godets |
| Plasma chimie | Héparine, EDTA | 2 000 | 15 min | 20 °C | Godets |
| Plasma coagulation | Citrate | 2 000 | 15 min | 20 °C | Godets |
| Plasma sensible (D-dimères) | Citrate | 2 500 (2e tour) | 5 min | 20 °C | Godets |
| PRP, premier temps | ACD ou citrate | 180-250 | 10-15 min | 20 °C | Godets |
| PRP, deuxième temps | (suite) | 1 500-3 000 | 10 min | 20 °C | Godets |
| PBMC sur Ficoll | EDTA + Ficoll | 400 | 30 min | 20 °C | Godets, sans frein |
Ce qui dégrade la qualité du résultat
- Centrifugation trop précoce sur tube sec, avant coagulation complète : le fibrine contamine le sérum.
- Sous-mélange sur tube anticoagulant après prélèvement : le produit n’est pas homogène, des microcoagulats se forment.
- Décélération brutale sur protocoles cellulaires (PBMC, plaquettes) : le culot se remet en suspension.
- Température mal contrôlée sur protocoles enzymatiques : les enzymes labiles se dégradent.
- Tube périmé ou mal stocké : l’anticoagulant perd en efficacité, la qualité de séparation chute.
Vérifications préanalytiques
Sur des séries quotidiennes, trois indicateurs sont à surveiller :
- La position de l’interface plasma/cellules après centrifugation (régulière sur tube anticoagulant, hauteur identique entre tubes d’une même série).
- La présence éventuelle de filaments de fibrine dans le sérum, qui signalent une coagulation incomplète.
- La couleur du surnageant : tout reflet rouge indique une hémolyse (mauvais prélèvement, transport agité, centrifugation trop dure).

