Pourquoi un guide pédagogique
Cette page est conçue pour servir de référence pédagogique : un texte unique qui décrit la centrifugation depuis la définition la plus simple jusqu’aux subtilités techniques utiles aux étudiants en BTS, à l’université ou aux ingénieurs en formation. Elle peut servir de fiche synthétique de cours, de support de présentation ou d’introduction à un TP.
La centrifugation en une phrase
La centrifugation est une opération unitaire qui sépare des phases (solide-liquide, liquide-liquide, solide-solide) par différence de densité, en remplaçant la pesanteur par une accélération centrifuge plusieurs ordres de grandeur supérieure. Elle s’oppose à la décantation gravitaire par sa rapidité, et à la filtration par l’absence de barrière physique.
Le principe physique, sans équation
Toute particule plongée dans un fluide subit deux forces opposées : son poids (vers le bas) et la poussée d’Archimède (vers le haut). Si la particule est plus dense que le fluide, elle descend lentement. Cette descente est appelée sédimentation. Pour de l’eau et du sable, elle prend quelques minutes ; pour des bactéries dans du milieu de culture, elle prend des heures ; pour des protéines dans un tampon, elle ne se produit pratiquement jamais.
La centrifugation accélère cette sédimentation en faisant tourner l’échantillon à grande vitesse. La rotation crée une accélération dirigée vers l’extérieur (l’accélération centrifuge), bien plus intense que la pesanteur. Ce qui prenait une heure se produit en quelques minutes ; ce qui ne se produisait jamais devient observable.
Force centrifuge et force centripète
C’est un classique de la physique. Dans un référentiel inertiel (c’est-à-dire le référentiel du laboratoire), la particule en rotation est en réalité tirée vers le centre par la paroi du tube : c’est la force centripète. Mais dans le référentiel tournant (celui de la particule), tout se passe comme si une force fictive la poussait vers l’extérieur : c’est la force centrifuge.
Cette dualité ne change rien aux résultats expérimentaux, mais elle revient régulièrement dans les énoncés d’exercices et dans la pédagogie. Pour les besoins pratiques en laboratoire, on utilise toujours la force centrifuge perçue par la particule, exprimée en multiples de l’accélération de la pesanteur (« force g »).
La loi de Stokes, la modélisation de référence
Pour une particule sphérique non interactive (pas d’interaction avec ses voisines), en régime laminaire (faibles vitesses, fluide newtonien), la loi de Stokes donne la vitesse terminale de chute :
v = (ρ_p − ρ_l) × d² × a / (18 × η)
avec :
- v la vitesse terminale en mètres par seconde,
- ρ_p la densité de la particule en kg/m³,
- ρ_l la densité du liquide en kg/m³,
- d le diamètre de la particule en mètres,
- a l’accélération centrifuge en m/s² (égale à RCF × g),
- η la viscosité dynamique du fluide en pascals-seconde.
Quatre conséquences directes utiles à retenir :
- Plus la particule est dense, plus elle sédimente vite. Doubler la différence de densité avec le milieu double la vitesse.
- Plus la particule est grande, plus elle sédimente vite. Doubler le diamètre quadruple la vitesse (d²).
- Plus l’accélération est forte, plus elle sédimente vite. Doubler la RCF double la vitesse.
- Plus le fluide est visqueux, plus la sédimentation est lente.
Pour estimer un temps de sédimentation à partir de ces paramètres, voir notre estimateur de sédimentation.
Centrifugation, décantation et filtration
Les trois opérations sont parfois confondues alors qu’elles répondent à des principes différents.
| Opération | Principe | Vitesse | Énergie | Cas d’usage |
|---|---|---|---|---|
| Décantation | Gravitaire passive | Lente (heures) | Aucune | Eau brute en STEP, vins, jus |
| Centrifugation | Densité accélérée par rotation | Rapide (minutes) | Mécanique | Boues, sang, cellules, lait |
| Filtration | Barrière physique | Variable | Hydraulique | Air, eau potable, fluides pharma |
La filtration et la centrifugation se complètent souvent : on centrifuge d’abord pour réduire la charge solide, puis on filtre pour clarifier. Inversement, sur les boues d’épuration, on filtre parfois en amont (filtre à bandes) pour épaissir, puis on centrifuge en aval pour déshydrater.
La force centrifuge relative, ou RCF
Pour caractériser l’intensité de la centrifugation, on utilise la force centrifuge relative, notée RCF, exprimée en multiples de l’accélération de la pesanteur (1 g = 9,81 m/s²). La formule pratique est :
RCF = 1,118 × 10⁻⁵ × r × n²
avec r le rayon du rotor en millimètres et n la vitesse de rotation en tours par minute. Une centrifugeuse à 5 000 tours par minute avec un rayon de rotor de 100 mm applique une RCF d’environ 2 800 g, soit 2 800 fois la pesanteur terrestre.
Pour un développement complet sur le sujet et un calculateur en libre accès, voir notre article RCF ou RPM et notre convertisseur.
Histoire en deux dates clés
1878, Gustaf de Laval et le séparateur de lait
L’ingénieur suédois Gustaf de Laval invente en 1878 le premier séparateur centrifuge industriel pour l’écrémage continu du lait. La machine, brevetée en 1879, transforme la laiterie européenne en permettant pour la première fois la séparation crème-lait en flux continu, sans attendre la décantation gravitaire de plusieurs heures. La société qui porte son nom (Alfa Laval) reste un acteur mondial majeur de la séparation centrifuge.
1923, Theodor Svedberg et l’ultracentrifugation
Quarante-cinq ans plus tard, le chimiste suédois Theodor Svedberg développe à l’université d’Uppsala la première ultracentrifugeuse analytique, capable d’atteindre 100 000 g et de mesurer la masse moléculaire des protéines. Cette innovation lui vaut le prix Nobel de chimie en 1926. L’unité Svedberg (S), encore utilisée aujourd’hui, porte son nom et caractérise le coefficient de sédimentation des particules.
Trois grands champs d’application
Industrie
Décanteurs centrifuges en station d’épuration, séparateurs à assiettes en laiterie et brasserie, séparateurs tubulaires en bioproduction. Voir notre pillar industrie pour une vue d’ensemble.
Laboratoire
Centrifugeuses de paillasse pour sérologie, biologie moléculaire, séparation cellulaire et ultracentrifugation. Voir notre pillar laboratoire pour les protocoles.
Pédagogie
Le sujet revient régulièrement en programme scolaire (cycle 4 au collège, première et terminale en spécialités physique-chimie ou SVT, BTS BioAC et ABM, premier cycle universitaire). Cette page sert de support pour les enseignants et les élèves.
Notions à maîtriser pour comprendre un protocole
- Densité. La densité de la particule par rapport au fluide détermine le sens de la sédimentation. Une particule moins dense remonte (cas du gras dans le lait), une particule plus dense descend.
- Granulométrie. La taille de la particule influence la vitesse à la puissance 2.
- Viscosité. La viscosité du fluide ralentit la sédimentation proportionnellement.
- RCF. L’accélération centrifuge appliquée détermine la vitesse de séparation.
- Géométrie du rotor. Le rayon utile et l’angle des godets ou l’inclinaison du rotor angulaire conditionnent la hauteur de chute effective.
Pour aller plus loin
- Article : RCF ou RPM, quelle grandeur retenir.
- Article : Rotor à godets ou rotor angulaire.
- Article : Sept erreurs fréquentes en centrifugation différentielle.
- Outil : Convertisseur RCF / RPM.
- Outil : Estimateur de sédimentation.
Cette page de référence est mise à jour régulièrement à mesure que de nouveaux contenus sont publiés sur le site.

