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Centrifugation au laboratoire, le guide complet

Choix des équipements, RCF et tours par minute, rotors, protocoles types pour le sang, le PRP, la biologie moléculaire, la séparation cellulaire. Page de référence pour les biologistes médicaux et chercheurs.

Élise Marchand

Élise Marchand

Directrice de la rédaction · 26 avril 2026 · 24 min de lecture

Tachymètre stylisé fusionné aux lignes de force centrifuge.

À retenir

  • La RCF reste la grandeur de référence pour tout protocole reproductible.
  • Quatre familles d'usage : sérologie / biochimie, biologie moléculaire, séparation cellulaire, ultracentrifugation.
  • Le rotor à godets est obligatoire pour les gradients de densité, l'angulaire pour les centrifugations dures.
  • La calibration tachymétrique annuelle est exigée par la plupart des certifications qualité.
  • Eppendorf, Beckman Coulter, Thermo Fisher (Sorvall), Hettich et Sigma dominent le marché paillasse en Europe.

La centrifugation de paillasse en quatre univers

La centrifugation occupe une place transversale dans tous les laboratoires biologiques. Quatre familles d’usage se partagent l’essentiel des protocoles publiés et la majorité des cycles tournés sur paillasse :

  • Sérologie et biochimie clinique. Préparation du sérum à partir de sang total, séparation du plasma pour analyses de coagulation, préparation des urines avant analyse cytologique.
  • Biologie moléculaire. Précipitation d’ADN à l’isopropanol, élution sur colonnes de silice, extraction d’ARN, préparation de plasmides, ChIP-seq.
  • Séparation cellulaire. Préparation des PBMC sur gradient Ficoll-Paque, isolement de plaquettes pour PRP, séparation de monocytes par adhérence.
  • Ultracentrifugation. Fractionnement subcellulaire, isolement de vésicules extracellulaires (exosomes, microvésicules), purification de virus et de complexes protéiques.

Chaque famille a ses contraintes propres en RCF, en durée, en température et en rotor.

Comprendre la RCF avant tout

La force centrifuge relative, ou RCF, est la grandeur de référence pour rédiger un protocole reproductible. Elle dépend du rayon du rotor autant que de la vitesse de rotation. Indiquer la vitesse seule masque le rayon, donc rend le protocole non reproductible entre deux laboratoires équipés différemment.

Pour un développement complet et le calculateur associé, voir notre article RCF ou RPM et notre convertisseur RCF / RPM.

Le choix du rotor

Le rotor structure la qualité de la séparation. Deux familles principales sur paillasse :

CritèreRotor à godets oscillantsRotor à angle fixe
Hauteur de chuteMaximaleRéduite
Qualité gradientExcellenteMédiocre
RCF maximaleModérée (1 000 à 4 000 g)Élevée (> 20 000 g)
Forme du culotPlatEn biseau
PréférenceGradients, séparation cellulairePrécipitations dures

Voir notre article dédié au choix du rotor pour les détails.

Centrifugation sanguine, repères pratiques

La séparation du sérum à partir de sang total se fait typiquement à 1 500 g pendant 10 minutes. Le plasma se prépare à 2 000 g pendant 15 minutes sur tube EDTA, citrate ou héparine. Les détails varient selon le destinataire de l’échantillon (biochimie, hématologie, microbiologie). Notre article sur la centrifugation des PRP en orthopédie détaille un cas particulier qui combine deux centrifugations différentielles.

Biologie moléculaire, microcentrifugation

Les microcentrifugeuses dédiées à l’extraction d’ADN, ARN et protéines fonctionnent typiquement à 13 000 g (centrifugation moyenne) ou 16 000 à 21 000 g (RCF maximale, pour précipitations dures). La gamme disponible reste large. Notre comparatif de six microcentrifugeuses fournit des points de repère métrologiques.

Les protocoles d’extraction sur colonnes de silice (kit Qiagen, Zymo Research, Macherey-Nagel) précisent les vitesses recommandées en fonction du type de tube et du volume. Le respect strict de ces recommandations conditionne le rendement.

Séparation cellulaire et gradients de densité

La préparation des PBMC sur Ficoll-Paque (Cytiva) est l’archétype du protocole de gradient. Elle requiert un rotor à godets oscillants, une RCF de 400 g pendant 30 minutes à température ambiante, sans frein. La méthodologie complète est détaillée dans notre guide de protocole reproductible.

Pour des séparations plus fines (sous-populations lymphocytaires, cellules dendritiques), des gradients Percoll ou iodixanol sont utilisés en complément. Le système SepMate (Stem Cell Technologies) simplifie la mise en oeuvre dans les laboratoires à activité élevée.

Ultracentrifugation, le segment exigeant

L’ultracentrifugation analytique et préparative ouvre des accès spécifiques :

  • isolement de vésicules extracellulaires (exosomes) à 100 000 g pendant 70 minutes ;
  • purification de virus à 80 000 g sur gradient saccharose ;
  • fractionnement subcellulaire sur gradient saccharose 10 000 / 20 000 / 100 000 g.

La maintenance préventive de ces équipements est documentée dans notre guide annuel.

Choisir une centrifugeuse de paillasse

Six étapes à appliquer systématiquement :

  1. Lister les protocoles à exécuter.
  2. Évaluer la capacité utile (volume traité par jour).
  3. Définir la RCF maximale utile, viser 30 % au-dessus du besoin.
  4. Vérifier les rotors disponibles, leurs prix, leurs délais.
  5. Tenir compte du bruit, de l’encombrement, de l’alimentation.
  6. Anticiper les coûts d’entretien sur cinq ans.

Pour la méthodologie complète, voir notre guide d’achat dédié.

Maintenance et calibration

Les centrifugeuses de paillasse exigent un entretien régulier :

  • Inspection visuelle mensuelle (rotor, joint de cuve, balourd apparent).
  • Calibration tachymétrique annuelle (souvent imposée par les certifications qualité ISO 9001 ou ISO 17025).
  • Remplacement préventif des charbons moteur sur certains modèles.
  • Nettoyage des paliers de rotor à chaque changement.

Notre étude sur quatre centrifugeuses cliniques en routine documente le coût d’exploitation observé sur douze mois et les pannes les plus fréquentes.

Sécurité et bonnes pratiques

Les centrifugeuses présentent un risque mécanique réel :

  • déséquilibre dynamique en cas de défaut d’équilibrage ;
  • éclatement de tube ou projection de bouchon en cas de défaut d’étanchéité ;
  • aérosols biologiques en cas de bris de tube avec échantillon pathogène.

Pour réduire ces risques, sept réflexes à installer en paillasse, détaillés dans notre article sur les erreurs fréquentes en centrifugation différentielle.

Comparatif synthétique des constructeurs

ConstructeurOrigineForcesSegments dominants
EppendorfAllemagneMicrocentrifugation, ergonomieBiologie moléculaire, recherche
Beckman CoulterÉtats-UnisUltracentrifugation, gamme OptimaRecherche, exosomes, virologie
Thermo Fisher (Sorvall, Heraeus)États-UnisLargeur de gammeHospitalier, biotech, recherche
HettichAllemagnePaillasse compacte, fiabilitéBiologie médicale, hospitalier
Sigma LaborzentrifugenAllemagneMicrocentrifugation, prixBiologie moléculaire, recherche
KubotaJaponRobustesse industriellePharmacie, agroalimentaire
NuAireÉtats-UnisBruit faible, hospitalierHospitalier, biologie médicale
VWR / AvantorMarque distributeurCatalogue largeMulti-segments

Outils internes recommandés

Pour faciliter la pratique quotidienne, plusieurs outils interactifs sont accessibles librement sur le site :

D’autres outils sont en préparation (comparateur paillasse multi-critères, glossaire bilingue FR/EN).

Pour aller plus loin

Cette page sert de point d’entrée. Les contenus liés détaillent chaque sujet ; n’hésitez pas à les ouvrir en parallèle pour la pratique quotidienne.

Articles, guides et études liés

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre une centrifugeuse de paillasse et une ultracentrifugeuse ?

Une centrifugeuse de paillasse atteint typiquement 20 000 à 25 000 g maximum. Une ultracentrifugeuse dépasse 100 000 g et peut atteindre plus de 1 million de g sur certains rotors. Les ultracentrifugeuses fonctionnent sous vide pour réduire l'échauffement, ce qui impose une maintenance et une calibration plus exigeantes.

Quels rotors prévoir au minimum sur une centrifugeuse de biologie moléculaire ?

Au minimum un rotor microtube (24 × 1,5 ou 2 mL) pour les extractions et un rotor à godets pour les volumes intermédiaires (4 × 50 mL). Pour des protocoles sur cellules ou sur plaques 96 puits, ajouter un rotor de plaques. Le délai d'approvisionnement des rotors atteint 12 à 16 semaines depuis 2024 : à anticiper.

Comment équilibrer une centrifugeuse correctement ?

Tubes pleins de masses identiques en positions diamétralement opposées. La balance dédiée sur la paillasse à côté de la centrifugeuse règle 90 % des écarts. La tolérance est de l'ordre de 0,1 g sur microcentrifugeuse et 1 g sur paillasse classique. Un rotor déséquilibré finit par user les paliers et fait vibrer la machine.

Faut-il toujours utiliser un rotor réfrigéré ?

Pas systématiquement. La réfrigération est indispensable pour les protocoles enzymatiques, les fractionnements subcellulaires et les ultracentrifugations longues (échauffement). Pour les routines courtes en sérologie, la réfrigération est confortable mais pas critique.

Quel coût total prévoir sur cinq ans pour une centrifugeuse de paillasse ?

Pour un modèle de gamme intermédiaire, le prix d'acquisition oscille entre 4 000 et 12 000 € HT. Sur cinq ans, ajouter la maintenance annuelle (350 à 1 200 € selon contrat), la calibration tachymétrique (200 à 400 € par session), les rotors complémentaires et les pièces d'usure. Le coût total représente 130 à 160 % du prix initial.

Sources et références

  1. Documentation constructeurEppendorf, Centrifuge product guide 2025
  2. Documentation constructeurBeckman Coulter, Optima ultracentrifuge family
  3. Documentation constructeurThermo Fisher Scientific, Sorvall ST family
  4. Documentation constructeurHettich, Catalogue paillasse 2026
  5. Documentation constructeurSigma Laborzentrifugen, Catalogue produits
  6. Source officielleINRS, Risques biologiques en laboratoire — ED 6266
  7. Source officielleCofrac, GTA biologie médicale
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